BibliOdyssée

ligne de partage

Descriptions de mondes et de peuples par des voyageurs et des ethnologues intrépides et imaginatifs.

Cet atelier de cosmographie appliquée s'adresse aux personnes intéressées :

  • par l'invention et la description de lieux imaginaires,

  • par  une mise en commun de ces récits de voyage afin de les présenter en ligne.

L'intérêt de cet atelier :

  • découvrir un genre littéraire, 
  • s'inspirer de récits de voyage écrits à différentes époques, 
  • pratiquer des recherches documentaires,
  • travailler quelques caractéristiques d'écriture (voir ici des indications sur le récit de voyage) :
- la vraisemblance : présenter un récit comme étant un document véritable qui présente une réalité dont témoigne le voyageur; les descriptions précises qui accréditent la vraisemblance (accompagnées éventuellement de photographies, dessins, etc.); La cohérence du récit; l'opposition et la comparaison;
  • expérimenter les différentes formes et dispositifs de présentation d'un récit de voyage.
Déroulement  possible:
  1. Présentation de l'atelier, mise à disposition de différentes ressources, présentation de récits de voyage : leur caractéristique et de leur construction;  choix d'un dispositif commun; quelques propositions d'écriture; 

  2. après un temps d'écriture en dehors de l'atelier, discussion autour de vos propositions et de vos essais personnels;

  3. élaboration d'un blog : présentation et choix d'outils d'édition;

  4. après un temps consacré à la rédaction définitive et aux ajustements éventuels, mise en ligne des récits de voyage.

Bibliographie & ressources

Pour vos ateliers d'écriture vous pouvez également consulter en ligne la bibliothèque itinérante BibliOdyssée : Géographie, voyages, lieux, peuples. 

BibliOdysséeCliquez sur ce logo qui signale les ouvrages disponibles à la consultation ou en prêt.



  • Ailleurs. (Voyage en Grande Garargne. Au pays de la magie. Ici, Poddema), Henri Michaux
  • Cités de mémoire, récit de voyage imaginaire d'Hervé Le Tellier, illustré par Xavier Gorce.


Récits du XVIIIe siècle

  • Gallica BnF : XVIIIe siècle : l'engouement pour l'utopie et la Collection des Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques éditée par Charles-Georges-Thomas Garnier

Utopie, littérature et récits de voyage

  • Utopie, exposition virtuelle de la BnF : galerie d'histoire des représentations.

Paris : parcours, flânerie et errance

    • Le voyage romantique, des itinéraires pour aujourd'hui -Philippe Lebeaud, collection Le Voyage différent. Paris, Londres, Milan, Naples, Venise, Munich, Berlin, Vienne, Leningrad.

    • La Rue à Londres, Jules Vallès.
    • Petit éloge des grandes villes, Valentine Goby : " J'ai lu sur la ville de Douala, vu des milliers de photos, tenu entre mes mains d'énormes volumes de documents d'archives, je l'ai traversée et je n'ai pas écrit sur Douala mais sur l'exil et la raison de vivre ; j'ai lu sur Rennes, annoté des centaines de pages, cherché des images impossibles et peu importe, je n'ai jamais écrit sur Rennes mais sur la transgression. Je ne crois pas qu'une ville, qu'un lieu soit un sujet, la ville force le regard, mon regard, je me reflète en elle, elle en moi, les lieux seuls n'existent pas, nous sommes les lieux que nous avons traversés. » 

  Marco Polo

Le Devisement du Monde de Marco Polo - XIIIe siècle


Le Devisement du monde correspond aux deux voyages effectués par les Polo : celui de 1260, sans Marco Polo et celui de 1271 où il fut présent. Le Devisement du monde, ou Livre des merveilles, se présente sous forme de trois livres correspondant aux grandes phases du voyage : l'itinéraire par le Proche Orient, l'Asie mineure et l'Asie centrale vers le Catay ; le séjour dans l'empire de Catay; l'itinéraire par la voie maritime de l'Asie du sud-est puis par l'Inde jusqu'à l'Asie mineure. Dans le récit de Marco Polo, à côté d'observations précises, cohabitent des propos rapportés et des légendes.

> Le site de la BnF : Les récits de Marco Polo 

Livre premier

Chapitre XLV

De la ville de Sachion et de la coutume qu'on observe de brûler les corps morts.

Après avoir traversé le désert on vient à la ville de Sachion, qui est à l'entrée de la grande province de Tanguin, dont les habitants sont idolâtres, quoiqu'il s'y trouve quelques chrétiens nestoriens ; ils ont un langage particulier. Les habitants de cette ville ne s'adonnent point au négoce, mais vivent des fruits que la terre produit. Il y a plusieurs temples consacrés aux idoles, où l'on offre des sacrifices aux démons, qui sont fort honorés par le commun peuple. Quand il naît un fils à quelqu'un, aussitôt il le voue à quelque idole et nourrit pendant cette année-là un bélier dans sa maison, lequel il présente avec son fils au bout de l'an à cette idole, ce qui se pratique avec beaucoup de cérémonies et de révérence. Après cela on fait cuire le mouton et on le présente encore à l'idole, et il demeure sur l'autel jusqu'à ce qu'ils aient achevé leurs infâmes prières suivant la coutume ; surtout le père de l'enfant prie l'idole avec beaucoup d'instance de conserver son fils, qu'il lui a dédié. Au reste, voici comme ils en usent à l'égard des morts : les plus proches du mort ont soin de faire brûler les corps, ce qui se fait en cette manière : premièrement ils consultent les astrologues pour savoir quand il faut jeter les corps au feu ; alors ces fourbes s'informent du mois, du jour et de l'heure que le mort est venu au monde, et, ayant regardé sous quelle constellation, ils désignent le jour qu'on doit brûler le corps. Il y en à d'autres qui gardent le mort pendant quelques jours, quelquefois jusqu'à sept jours, et même jusqu'à un mois ; quelques-uns le gardent pendant six mois, lui faisant une demeure dans leur maison, dont ils bouchent toutes les ouvertures si adroitement qu'on ne sent aucune puanteur. Ils embaument le corps avec des parfums et couvrent la niche, qu'ils ont auparavant peinte et enjolivée de quelque étoffe précieuse. Pendant que le cadavre est à la maison, tous les jours à l'heure du dîner on met la table près de la niche, qui est servie de viandes et de vin ; laquelle reste ainsi dressée pendant une heure, parce qu'ils croient que l'âme du mort mange de ce qui a été ainsi servi. Et quand on doit transférer le corps, les astrologues sont de nouveau consultés pour savoir par quelle porte on doit le faire sortir : car si quelque porte du logis se trouvait avoir été bâtie sous quelque influence maligne, ils disent qu'on ne doit pas s'en servir pour faire passer le corps, et ils en indiquent une autre, ou ils en font faire une autre. Or pendant qu'on fait le convoi par la ville, on dresse dans le chemin des échafauds, qui sont couverts d'étoffés d'or et de soie ; et quand le cadavre passe, ils répandent par terre d'excellent vin et des viandes exquises, s'imaginant que le mort s'en réjouit dans l'autre monde. Des concerts de musique et d'instruments précèdent le convoi ; et lorsqu'on est arrivé au lieu où le corps doit être brûlé, ils désignent et peignent sur des feuilles de papier diverses figures d'hommes et de femmes, et même de plusieurs pièces de monnaie ; toutes lesquelles choses sont brûlées avec le corps. Ils prétendent en cela que le mort aura en l'autre monde en réalité tout ce qui était peint sur ces papiers, et qu'il vivra avec cela heureux et honoré éternellement. La plupart des païens observent cette superstition en Orient, lorsqu'ils brûlent les corps de leurs morts.


Les Villes invisibles d'Italo Calvino



Inspiré du Devisement du Monde de Marco Polo, Les Villes invisibles se présente comme un recueil de récits de voyage que le voyageur vénitien, dans un dialogue imaginaire, décrit à l'empereur des Tartares Kublai Khan  qui ne peut visiter toutes les villes qu'il a conquises.

L'ouvrage est composé de 9 chapitres consacrés à 55 villes qui sont réparties en 11 thématiques : les villes et la mémoire, les villes et le désir, les villes et les signes, les villes effilées, les villes et les échanges, les villes et le regard, les villes et le nom, les villes et les morts, les villes et le ciel, les villes continues  et les villes cachées.
CHLOE

III
 
Les villes et les échanges.   2.

A Chloé, une grande ville, les gens qui passent dans les rues ne se connaissent pas. En se voyant ils imaginent mille choses les uns sur les autres, les rencontres qui pourraient se produire entre eux, les conversations, les surprises, les caresses, les coups de dent. Mais personne ne salue personne, les regards se croisent un instant et aussitôt se fuient, cherchent d'autres regards, ne s'arrêtent pas.

Passe une jeune fille qui fait remuer une ombrelle qu'elle tient sur l'épaule, et aussi un peu la rondeur de ses hanches. Passe une dame de noir vêtue qui exhibe toutes ses années, les yeux sous son voile inquiets et les lèvres qui tremblent. Passent un géant tatoué ; un homme jeune avec des cheveux blancs ; une naine; des s'urs jumelles habillées de corail. Entre eux quelque chose court, un échange de regards comme des lignes qui relient une figure à l'autre et dessinent des flèches, des étoiles, des triangles, jusqu'à ce que toutes les combinaisons en un instant soient épuisées, et d'autres personnages entrent en scène : un aveugle avec un guépard enchaîné, une courtisane avec son éventail en plumes d'autruche, un éphèbe, une femme obèse. Ainsi, entre ceux qui par hasard se retrouvent ensemble à se protéger de la pluie sous les arcades, ou se pressent sous une tente du bazar, ou se sont arrêtés sur la place pour écouter l'orchestre, s'accomplissent rencontres, séductions, étreintes, orgies, sans que s'échange une parole, sans que bouge le petit doigt, et presque sans lever les yeux.

Une vibration luxurieuse traverse continûment Chloé, la plus chaste des villes. Si hommes et femmes se mettaient à vivre leurs songes fugitifs, chaque fantasme deviendrait une personne avec qui commencer une histoire de poursuites, simulations, malentendus, heurts, oppressions : et cesserait de tourner le manège des fantaisies.


> Agier Michel, « La ville, la rue et le commencement de la politique. Le monde rêvé de Chloé », Multitudes, 2004/3 no 17, p. 139-146. DOI : 10.3917/mult.017.0139.

> Dans la peau d'Italo Calvino : Italo Calvino, auteur invisible. Arte.

>  Les Villes invisibles d'Italo Calvino : entre Utopie et. Dystopie. Els Jongeneel

> Perle Abbrugiati, « Visions de l'Ailleurs dans Les villes invisibles d'Italo Calvino », Cahiers d'études romanes, 23 | 2011, mis en ligne le 15 janvier 2013. URL : http://etudesromanes.revues.org/661  ; DOI : 10.4000/etudesromanes.661

Les villes invisibles : un atelier d'écriture sur le site de Pierre Ménard et les textes en ligne 2011, 2012 et 2013. 
" Pour cet atelier, je reprends donc les pistes lancées par François Bon, dans Tous les mots sont adultes (Fayard :  Imaginer toutes sortes de villes : des villes de gauchers, des villes tout en confiseries, des villes sans écoles, des villes où les habitants sont classés par âge, des villes transparentes ou mobiles.
Donner pour nom à la ville un prénom ou un anagramme de son propre nom.
Rédiger un texte en deux colonnes : " d'abord, on liste les villes qu'on connaît, loin ou pas, en tâchant d'en dégager la structure, la géométrie, la représentation qu'en donnerait un voyageur venu d'encore bien plus loin que nous [?]. Et seconde colonne, partir des mêmes structures de texte, mais cette fois les laisser évoluer pour une ville inventée." 


Sylvie Barral, « Le Paris d'Italo Calvino », Cahiers d'études romanes, 6 | 2001, http://etudesromanes.revues.org/251  ; DOI : 10.4000/etudesromanes.251
Calvino : ouvrages disponibles


Henri Michaux

Ailleurs

Voyage en Grande Garargne. Au pays de la Magie. Ici, Poddema.

Les déplacements fictifs d'Henri Michaux donnent lieu à l'invention de pays et de peuples imaginaires aux m?urs et coutumes éranges et fantastiques. En Grande Garabagne, ce qui frappe le voyageur, c'est le nombre de tribus au caractère particuliers et que parfois tout oppose ; au Pays de la Magie ce sont les phénomènes surnaturels qui retiennent l'attention et A " Poddema", il est question d'asservissement et de dressage de l'humanité. 


La fièvre d'Urbicande

La fièvre d'Urbicande un album de François Schutten et Benoît Peeters, Casterman, 1985. Prix du meilleur album de l'année au Festival d'Angoulême 1985.

" Si l'expansion d'Urbicande fut d'une extrême rapidité, sa chute fut hélas plus fulgurante encore. De part et d'autre d'un large fleuve, la Drouma, deux villes de moyenne importance se développèrent longtemps de façon presque indépendante. Sur la Rive Sud, la plus riche, on trouvait Bartoline ; sur la Rive Nord, plus sombre et plus déshéritée, il y avait Urania. Seul un bac reliait l'une à l'autre les deux bourgades. Ce n'est qu'en 673, au lendemain de la construction du premier pont, que les deux Cités décidèrent de n'en former plus qu'une, non que leurs affinités soient devenues plus grandes, mais pour être en mesure de résister à la puissance de Pâhry et de la Sodrovno-Voldachie. Le nom qui fut choisi à cette époque - Urbicande, c'est-à-dire ville des villes - ne suscita d'abord que des railleries, tant il paraissait outrancier.

Ce sont les richesses minières découvertes dans un des protectorats de la ville qui permirent à la Commission des Hautes Instances d'entreprendre une reconstruction sur des bases entièrement nouvelles. Une confiance totale fut accordée au brillant architecte Eugen Robick, bientôt élevé au rang d'Urbatecte de la Ville. Avec le précieux soutien de l'ingénieur Thomas Broch, Robick dessina tous les plans, concevant avec la même passion les plus vastes perspectives et les plus infimes détails d'ameublement. Mais ces grands travaux, s'ils allaient augmenter de manière considérable le prestige d'Urbicande sur le reste du Continent, accentuèrent de manière dramatique le contraste entre les deux rives.

Certes, Eugen Robick peut difficilement être tenu responsable de cet état des choses. Son caractère entier et sa mégalomanie l'avaient incité à proposer d'emblée un plan complet de réaménagement. Mais les nécessités financières et techniques, et le poids politique des citoyens les plus fortunés conduirent bientôt à concentrer tous les efforts sur la Rive Sud. Plus que jamais, la Rive Nord s'enfonçait dans la misère, cependant que de l'autre côté les pires rumeurs commençaient à se répandre. Craignant des pillages semblables à ceux dont Xhystos avait été victime de la part des habitants des faubourgs, la Commission des Hautes Instances promulgua une série de nouvelles loi, imposant un strict contrôle de la circulation sur les deux ponts. Insensiblement, les deux moitiés d'Urbicande redevinrent deux villes différentes, presque privées de contact. "

Voir aussi :  Le Guide des Cités (nouvelle édition 2011) Auteurs :  Benoît Peeters, François Schuiten


Cités de mémoire

Cités de mémoire, d'Hervé Le Tellier
Cités de mémoire, récit de voyage imaginaire d'Hervé Le Tellier, illustré par Xavier Gorce - 2002 Editions Berg International.

" Cités de mémoire est le minutieux récit de voyage de deux aventuriers marchant, navigant, chevauchant, c'est selon, de ville en ville. Les descriptions facétieuses ou philosophiques de ces quarante cités imaginaires sont autant de variations sur la mémoire, le savoir, la langue, l'identité, le plaisir ou l'introuvable sens de la vie.  Hommage d'un oulipien au Gulliver de Swift autant qu'aux Villes invisibles d'Italo Calvino, ce périple parle, à sa façon, de notre destin d'homme. "

Ulud

« Vingt-quatre heures de navigation plus tard, nous avons atteint l'archipel d'Ulud. Non sans nous sentir indisposés, car la mer avait été grosse. Mais nous fumes accueillis comme des princes, et nous avons bu la liqueur d'atripèle avec les chefs tribaux des cinq volcans.

On peut rejoindre à pied chaque atoll de l'archipel. Des gués de corail couvert de sable blanc serpentent entre les eaux bleues. Le peuple uludi vit de la pêche et de la cueillette, mais la nature est ici généreuse et jamais il ne connaît la faim. Les enfants jouent en toute liberté, choyés de tous, ignorant souvent même qui est leur mère.

Il règne sur les îles d'Uludi une coutume étrange : les Dieux y refusent aux hommes comme aux femmes le droit de connaître le plaisir physique par deux fois avec le même partenaire. Aussi les couples se font et se défont presque aussitôt, et chacun cherche d'atoll en atoll un nouveau compagnon de couche. Il arrive parfois, après tant de corps et de visages, que l'on ne se souvienne plus. L'accouplement est alors autorisé, car les Dieux, sans doute, ont aussi oublié.

Nous avons toutefois rencontré certains couples, dont on raconte qu'ils sont unis depuis des années. C'est qu'ils vivent dans l'abstinence totale, ou, plus souvent encore, qu'ils simulent l'un comme l'autre, pendant l'acte, un absolu déplaisir sexuel.»

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Annan, ou le destin de pierre

« Trois suffocantes journées de chameau nous ont conduits dans la vallée d'Annan, pays des Vents Éternels. L'air toujours en mouvement charrie des effluves de désert et de mer, et transporte une fine poussière couleur de rouille qui finit par imprégner chaque vêtement. Son sifflement lancinant ne s'arrête jamais, au point d'interdire toute conversation dans la rue. Le Manuel de la Rose des Sables raconte que si le vent devait cesser un jour de souffler, les murs de toutes les villes d'Annan s'effondreraient.En Annan, au jour de la première pluie de printemps, l'enfant qui va avoir dix ans dans l'année tire au hasard une pierre d'argent hors d'un sac de toile.
Sur cette pierre est gravé son devenir d'adulte. Le sort désigne aussi bien son futur métier, l'identité de son compagnon ou de sa compagne, le nombre de ses enfants que la date de sa mort. Certains destins sont heureux et doux, d'autres d'une effrayante banalité, quelques-uns enfin tumultueux et sanglants. Mais aussi terribles soient-ils, tous les citoyens d'Annan s'y conforment à la lettre, sans amertume ni révolte.
Nous avons fait part à notre guide de notre étonnement. Il a souri.
' Subir le plus tragique des destins n'est rien, si l'on se sait innocent de son propre malheur.»

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Untara ou le jeu d'artifice

« Nous voici enfin parvenus à Untara. Non sans nous sentir quelque peu ridicules, car nous déambulions dans la rue principale depuis plus de deux heures, sans même nous en être aperçus.
C'est qu'à Untara, chaque habitation, comme chaque objet fait de main d'homme - des couverts aux lits - s'acharne à imiter la nature dans ses moindres détails, grâce à un extraordinaire travail de la matière et des formes.

Génie des artisans d'Untara : on croit voir un caillou et c'est une lampe, on veut franchir une flaque et c'est une baignoire. Je pense même pouvoir affirmer que si, à un quelconque instant, on pense avoir affaire à une pièce manufacturée, il s'agit à coup sûr d'un objet absolument naturel. Les indigènes eux-mêmes se conforment à cette règle et se fondent dans le paysage, avec un art consommé de l'artifice.

Nous avons d'ailleurs dû quitter Untara presque aussitôt, peu après que j'ai, persuadé d'avoir affaire à un chardon, piétiné par mégarde la femme du bourgmestre.»



Dictionnaire des lieux imaginaires

dictionnaire des lieux imaginaires - Actes sud
Dictionnaire des lieux imaginaires d' Alberto MANGUEL

« De A, comme Abaton, à Z, comme Zuy, voici qu'un dictionnaire nous offre la plus merveilleuse des invitations au voyage. Forts de leur conviction que la fiction est réalité, Alberto Manguel et Gianni Guadalupi ont recensé lieux imaginaires et sites chimériques inventés par des écrivains du monde entier. Ils en rappellent la situation géographique, la topographie, le climat, la faune et la flore, les formes de gouvernement, les transports et moyens de communication, les m?urs et les coutumes locales, les curiosités touristiques ou les spécialités culinaires. Cartes, plans et conseils pratiques viennent renseigner plus précisément le futur visiteur. Conçue avec esprit, rigueur et humour, selon la seule règle d'un plaisir qui ne demande qu'à être partagé, cette encyclopédie non exhaustive est également prétexte à découvrir - ou redécouvrir -, comme autant d'îles au trésor, des ?uvres et des auteurs illustres ou plus secrets.  »  ( Editeur)

Extrait :

AGARA : « Ancien royaume de Sri Lanka (parfois localisé au Tibet). Contrée renommée pour avoir été traversée de part en part par des voyageurs sans qu'ils en soient conscients. L'ignorant, ils ont sans doute contemplé Paradisia, la célèbre université du savoir où sont conservés les trésors occultes et spirituels de l'humanité. L'ignorant, ils ont parcouru la capitale royale d'Agartha qui abrite un trône d'or décoré de sculptures représentant deux millions de dieux. Sans doute les voyageurs ont-ils appris (mais ne peuvent plus s'en souvenir) que cette multitude de divinités assure la cohésion de notre planète. Qu'un individu du commun des mortels s'avise de chercher querelle d'un de ces deux millions de dieux et la fureur divine se manifeste sur le champ: les mers s'assèchent et les montagnes se pulvérisent en déserts. Inutile d'ajouter (car les voyageurs les auront vues et oubliées) qu'Agartha renferme une des plus vastes bibliothèques du monde, une bibliothèque de livres de pierre, et que sa faune inclut des oiseaux aux crocs tranchants et des tortues à six pattes, alors que nombre de ses habitants ont la langue fourchue. agartha, cette citée oubliée est défendu par une armée peu nombreuse mais puissante, celle des templiers et des confédérés d'Agartha. »

 Dictionnaire des lieux imaginaires

Voyages aux pays de nulle part

 L'anthologie de textes présentés dans ce recueil permet de retracer l'évolution de ce qui sera qualifée de littérature utopique.

    "Fictions avouées ou maquillées, ces textes diffèrent par la portée dont les chargent leurs auteurs ou que leurs assignent les lecteurs ; mais ils procèdent tous d'un même élan : situer dans une île de nulle part, l'esquisse plus ou moins développée, d'une société tantôt proche de celle que connaissent l'auteur et ses contemporains ? les travers sont relevés comme par un jeu d'optiques déformantes ?, tantôt radicalement différente, ? désignant alors, selon les cas, objectifs à atteindre ou écueils à éviter. "

Principales utopies insulaire au sommaire :

  • Benoît :  Navigation de Saint Brendan à la recherche du paradis - Adaptation de Jean Marchand.
  • Thomas More :  L'Utopie - Traduction par Victor Stouvenel, préface d'E. Grégoire
  • Tommaso Campanella : La Cité du Soleil ou idée d'une république philosophique - Traduction par Jules Rosset, préface de Louise Collet.
  • Jonathan Swift : Voyages de Gulliver dans les contrées lointaines -  Préface de Walter Scott
  • [anonyme] : Le passage du pôle arctique au pôle antarctique par le centre du monde. Préface d'Emmanuel Bernard

Voyages aux pays de nulle part

Dictionnaire Khazar

Le dictionnaire Khazar : Bibliomonde

Le roman-lexique de Milorad Pavic est conçu comme un dictionnaire ou une encyclopédie. Il se présente comme la reconstitution du " Lexicon Cosri - Continens Colloquium seu disputationem de Religione ", un ouvrage datant de 1691 et détruit en 1692 sur ordre de l'Inquisition.

Le dictionnaire-encyclopédie qui retrace l'histoire du peuple khazar venu d'Orient au VIIIe siècle, est centré autour de la " polémique khazare " qui eut pour objet la conversion des Khazars à l'une des trois religions du Livre : le judaïsme, l'islam et le christianisme :  " Au VIIIème siècle, pris en tenaille entre les Orthodoxes et les Musulmans, les Khazars invitèrent un moine, un derviche et un rabbin à débattre des mérites de chaque religion. A la suite de cette polémique, les Khazars se convertirent, apparemment en masse, au Judaïsme. "

Le Dictionnaire Khazar se compose de six parties :

  1. Quatre remarques liminaires constituant un prologue au dictionnaire.
  2. Le dictionnaire des dictionnaires sur la question khazare, au nombre de trois : le Livre Rouge - sources chrétiennes sur la question khazare -, le Livre Vert (sources islamiques), et le Livre Jaune (sources hébraïques).
  3. Un premier appendice, consacré au père Théoctiste Nikoljski, rédacteur de la première édition du dictionnaire khazar.
  4. Un second appendice, contenant un extrait du procès-verbal d'audition des témoins relatif au meurtre du Dr Abou Kabir Mouaviya, chercheur ayant étudié la question khazare au XXe siècle.
  5. Une remarque finale sur les avantages de ce dictionnaire (tel est son intitulé), au sens somme toute assez ténébreux.
  6. Une liste des articles, en réalité inexistante - problème d'édition ou feinte de l'auteur ?
De plus, le dictionnaire existe en une édition masculine et une édition féminine du livre. Pour l'auteur du dictionnaire : " La différence entre l'édition masculine et l'édition féminine du Dictionnaire khazar a le but suivant : la version masculine est l'image de l'arbre qui croît autant vers le haut qu'il pousse vers le bas ses racines dans le sol. C'est une image métaphysique du ciel et de l'enfer au sein de l'être humain. La version féminine insiste sur la progression biologique, qui est dévoilée par l'information selon laquelle le contact physique entre le héros et l'héroïne est arrivé. Cette information n'existe pas dans la version masculine. Lorsque les deux informations se rejoignent, elles forment un système de coordonnées unifié, tel une croix." (p. 219 du Dictionnaire khazar.)

> Milorad Pavic: Remarques liminaires au Dictionnaire Khazar

> Mode d'emploi du dictionnaire. Université Paris 8

Milorad Pavic. Le dictionnaire Khazar, roman~lexique en 100 000 mots, J. Dantec

Le montage dans le Dictionnaire Khazar, Boris Lazic


 Le dictionnaire Khazar




Paris :  parcours, flânerie et errance

Connaissez-vous Paris ? ,  Raymond Queneau - Gallimard. Folio 5254.

Entre novembre 1936 et octobre 1938, Queneau posa quotidiennement trois questions sur Paris aux lecteurs de l'Intransigeant. Des questions qui ne devaient être ni trop banales ni trop "savantes". Voici les six premières :
  1. Où se trouvait le cimetière de la plaine Monceau, où furent inhumés Camille et Lucile Desmoulins, Danton,Lavoisier, Robespierre, Saint-Just, etc.? 
  2. Qui était le Père Lachaise ?
  3. Quelle est l'origine de l'observatoire du Parc Montsouris  ?
  4. Comment fut d'abord dénommé le boulevard Saint-Michel ?
  5. Quel édifice de Paris voit-on encore des traces de boulets datant de la révolution française ?
  6. Quelles sont les rues dont le Conseil municipal, à la faveur d'un calembour, a changé le nom, telle, par exemple, la rue d'Enfer transformée en rue Denfert-Rochereau ?

Les Ruines de Paris (1977), Jacques Réda - Gallimard.

Flanerie poétique dans une ville en métamorphose, succession de fragments et juxtaposition aléatoires des lieux visités.
  Le texte se présente  en deux parties numérotées : la première traite de Paris puis de ses environs: dans la deuxième,  de nouvelles descriptions de lieux d'Ile-de-France précèdent des récits de voyages en train en France et à l'étranger. " Les fragments eux-mêmes, qui peuvent comprendre jusqu'à six pages, ne sont pas divisés en paragraphes, ce qui met en place un long enchaînement d'idées, faisant voyager le lecteur à travers un océan toujours mouvant, bouillonnant de détails et de changements." (Dervila Cooke )

Extrait p. 29:

Rue des Tournelles j'admire la Boucherie du génie. D'un peu plus loin montent par rafailes comme des accents de Tango. Et à mesure que j'avance au milieu de la chaussée déserte, en effet ce vieux rythme opiniâtre et la mélodie se font précis, et j'arrive à hauteur d'un café où je ne distingue personne, sauf le long du comptoir un monsieur et une dame entre deux âges, qui dansent avec ferveur mais componction, presque submergés par l'immensité de ce dimanche. Et moi je poursuis mon chemin, le nez en l'air parce que des nuages d'ardoises se déchirent, il va pleuvoir, la lumière qui l'annonce palpe les toits et les arbres soudain volumineux et proches, comme une aveugle, n'oubliant rien.


Le Paysan de Paris
(1926), Louis Aragon - Gallimard.

" Dans les années vingt, de jeunes écrivains surréalistes, comme André Breton, Louis Aragon, Robert Desnos, Benjamin Péret et Philippe Soupault cherchent une réalité occultée au cours de promenades dans la ville nocturne et surtout dans l'espace du rêve et de l'inconscient dont témoignent leur texte en prose et romans.  " ( Corinne Mesana )
Croquis parisiens  (1905), Joris-Karl Huysmans  (Wikisource)

La Rue, Jules Vallès  - 1884 - Gallica BnF


Paris la Grande, Philippe Meyer -  Gallimard -Folio n° 3260. "(...)  j'ai voulu  voir si Paris reste cette Amérique où chacun peut espérer donner à sa vie un nouveau départ."

Promenades et Intérieurs (1872), François Coppé.

Le poète des Humbles s'attache à transcrire le quotidien dans sa simplicité - voire dans ses insignifiances. Les dizains qui constituent Promenades et Intérieurs sont teintés de mélancolie, de bons sentiments et parfois d'humour. Ils forment un ensemble de petits tableaux consacrés au Paris populaire et traîtés à la manière impressioniste.
Noces du samedi ! noces où l'on s'amuse,
Je vous rencontre au bois où ma flâneuse Muse
Entend venir de loin les cris facétieux
Des femmes en bonnet et des gars en messieurs
Qui leur donnent le bras en fumant un cigare,
Tandis qu'en un bosquet le marié s'égare,
Souvent imberbe et jeune, ou parfois mûr et veuf,
Et tout fier de sentir sur sa manche en drap neuf,
Chef-d'?uvre d'un tailleur-concierge de Montrouge,
Sa femme, en robe blanche, étaler sa main rouge.

Voir aussi les parodies pour le moins irrespectueuses de François Coppé dans l'Album Zutique, une farce collective des années 1872-73 constituée de 102 poèmes, et surtout dans le recueil des Dixains réalistes (1876) entièrement consacré à cet auteur.

Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, Rétif de la Bretonne - 1788-1794 :

Une des productions majeures de Rétif de la Bretonne : observateur, il témoigne durant vingt ans du monde qui l'entoure et propose des réformes dans les domaines de l'urbanisme ou de la justice ;  journaliste, il colle à l'événement et puise ses informations dans les annonces ou les avis  ; conteur, il invente des anecdoteset mêle la fiction au reportage  ; moraliste, il commente parfois le faits divers et juge son époque en cherchant " les vices et les abus pour les exposer au grand jour ";  philosophe, stoïcien et disciple déclaré de Buffon, il intercale au fil des Nuits le voyage en Grèce d' Epiménide, médecin, moraliste politique et physicien du VII siècle av. J.-C.

" Dans le cours de vingt années, c'est-à-dire depuis 1767, que l'Auteur est Spectateur nocturne, il a observé pendant 1001 Nuits ce qui se passe dans les rues de la Capitale. Néanmoins, pendant ces vingt années, il n'a vu des choses intéressantes que 366 fois. On n'en inférera pas, qu'il n'arrive des scènes frappantes dans les rues de Paris, que le vingtième des Nuits, mais que le Hibou-Spectateur, qui ne décrit que ce qu'il a vu, ne s'est rencontré avec les événements qu'une vingtième partie de ses courses. Il a commencé les Nuits dès qu'il a eu son année complète d'événements. Il a donné à cet ouvrage la forme animée du récit; parce qu'effectivement, il a rendu compte a une femme de tout ce qu'il voyait. On vous présente avec confiance ces tableaux nocturnes, ô Concitoyens! comme les plus curieux qui aient jamais existé. Ils instruiront, en étonnant.
Vous y verrez non seulement des scènes extraordinaires, mais des morceaux philosophiques, inspirés par la vue des abus qui se commette sous le voile ténébreux que la nuit leur prête ; des histoires intéressantes, en un mot, tout ce qui peut exciter la curiosité. "


Internet Archives : volume 1-2; volume 3-4; volume 5-6; volume 9-10; volume 11-12, volume 13-14 -

Gallica : 1, 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16

Ouvrages de Rétif de la Bretonne

Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne


La de?couverte australe par un homme-volant. Ou Le De?dale franc?ais : nouvelle philosophique



Le Tableau de Paris -  Louis-Sébastien Mercier - 1781 :  Google : volume 1 et volume 2

L'auteur dresse l'état des lieux de la capitale à la veille de la Révolution par de courts récits,  des réflexions personnelles ainsi que de propositions en vue améliorer la vie quotidienne ou réformer le gouvernement de la cité.

[-] Je n'ai tenu dans cet ouvrage que le pinceau du peintre, et que je n'ai presque rien donné à la réflexion du philosophe. Il eût été facile de faire de ce tableau un livre satirique; je m'en suis sévèrement abstenu. Chaque chapitre appelait une désignation particulière; je l'ai rejetée à chaque chapitre. La satire qui personnifie est toujours un mal, en ce qu'elle ne corrige point, qu'elle irrite, qu'elle endurcit, et ne ramène point au droit sentier. Je n'ai tracé que des peintures générales, et l'amour même du bien public ne m'a point égaré au delà. (...)

Si vers la fin de chaque siècle un écrivain judicieux avait fait un tableau général de ce qui existait autour de lui, qu'il eût dépeint, tels qu'il les avait vus, les m?urs et les usages, cette suite formerait aujourd'hui une galerie curieuse d'objets comparatifs ; nous y trouverions mille particularités que nous ignorons : la morale et la législation auraient pu y gagner. Mais l'homme dédaigne ordinairement ce qu'il a sous les yeux, il remonte à des siècles décédés; il veut deviner des faits inutiles, des usages éteints, sur lesquels il n'aura jamais de résultat satisfaisant, sans compter l'immensité des discussions oiseuses et stériles où il se perd. (...)

Si, en cherchant de tous côtés matière à mes crayons, j'ai rencontré plus fréquemment, dans les murailles de la capitale, la misère hideuse que l'aisance honnête, et le chagrin et l'inquiétude plutôt que la joie et la gaieté jadis attribuées au peuple parisien, que l'on ne m'impute point cette couleur  triste et dominante : il a fallu que mon pinceau fût fidèle. Il enflammera peut-être d'un nouveau zèle le génie des administrateurs modernes, et déterminera la généreuse compassion de quelques âmes actives et sublimes. Je n'ai jamais écrit une ligne que dans cette douce persuasion, et si elle m'abandonnait je n'écrirais plus.

 > Des extraits du Tableau de Paris sur ce site
Le Nouveau Paris, Louis-Sébastien Mercier - 1798 :

La Rue à Londres, in La Rue, Jules Vallès - 1884 

Jules Vallès, après la chute de la Commune de Paris, dut s'enfuire à Londres pour échapper à la mort. En 1884, il publia un recueil d'articles écrits lors de ce long exil qui dura de 1871 à 1880. Il y montre le Londres des quartiers " où il croisait l'homme de la rue, la classe ouvrière, les gens accablés par la misère. D'autre part, les rares riches qu'il dépeignit servirent surtout à illustrer ce que Benjamin Disraeli appelait " The Two Nations ", cette Angleterre dont les classes sociales étaient séparées par un tel gouffre qu'elles ne semblaient pas appartenir à la même nation."  Alain Lausanne
Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202915z